Nicole Brossard

14 Sep

Elle crie:

C’est pas vrai. c’est pas vrai tout ca.
c’est pas la premiere fois que la médecine me ment,
m’interprete,
m’étrangle,
me déprécie.. et pûis finalement m’endort.
Faut que ca s’arrete.
On ne connais pas mon corps. On en a toujours eu peur.
Ah! bien sur on l’a disséqué. Violé, souvent.
On sait comment sont faites mes entrailes.
On les a mises sur la table.
Mais dans tous ces creux, ces alvéoles, ces reliefs,
C’est vrai qu’il y a un temps, un temps qu’on traine,
on a rempli ça de péché, de dépravation,
de honte, de misère,
d’explications savantes.
“Tu n’es qu’une mutilée ma pauvre petite fille…:
voila pourquoi ta sexualité est si mystèrieuse…”
” Tu enfanteras dans la douleur.”
” Ta période de fécondité passée
tu seras une laissée pour compte,
tu n’es qu’une matrice de semences morts. ”
[…]

Je n’ai pas besoin de spéculum pour savoir
que mon corps n’est pas qu’un piege a pénis,
que mon sang n,est pas que des humeurs malsaines.
L’amour n’est pas un jeu de suprématie
et de possession, un jeu d’actif et de passif…
D’ailleurs, ce n’est pas un jeu.
On ne joue pas l’amour.
Nous deux qui sommes attirés l’un vers l’autre.
Connaitrons nous jamais nos deux visages?

La nef des sorcières.
Nicole Brossard
Collectif. TYPO Théatre.
mars, 1976.

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